Share
Les Reines du Déchu
·
Published 9/1/2026Je m'appelle L. Avant, ce nom voulait dire quelque chose. Maintenant, c'est juste une lettre. Une lettre qui pue la merde et le désinfectant bon marché.
Je suis à genoux.
Le carrelage est froid. Il s'enfonce dans mes os comme un reproche. Mes genoux, ces genoux qui ont signé des chèques à six chiffres en dînant au Plaza Athénée, ces mêmes genoux qui ont porté des costumes sur mesure à vingt mille euros, ils sont posés sur le sol d'une cuisine que je ne reconnais pas.
Celle de Lora.
Elle est là, devant moi. Elle porte un peignoir en soie rouge. Celui que j'ai payé. Bien sûr que je l'ai payé. Je payais tout. Les vacances à Saint-Tropez, les sacs Birkin, les injections de botox. Tout.
« Tu vas nettoyer ça, L. »
Sa voix est douce. Trop douce. C'est la voix qu'elle utilisait quand on baisait et qu'elle voulait me faire croire qu'elle jouissait. Maintenant, elle l'utilise pour me dire de ramasser ma dignité par terre.
Le vomi de son chien s'étale en flaque brune sur le marbre blanc. Un caniche nain. Un truc qui s'appelle Coco et qui pisse sur mes mocassins quand personne regarde. J'ai détesté ce chien dès le premier jour. Maintenant je le hais. Parce que son vomi, c'est mon nouveau salaire.
« Je ne suis pas... »
« Tu n'es pas quoi, L ? »
Elle croise les bras. Le peignoir s'ouvre un peu. Je vois son sein gauche. Je l'ai touché cent fois. Mille fois. Maintenant il me nargue.
« Tu n'es plus rien, mon chéri. Alors tu nettoies. »
J'attrape la serpillière.
Mes mains tremblent. Ces mains qui ont serré la main des ministres, des acteurs, des gens qui comptent. Ces mains qui ont signé des contrats qui faisaient vivre trois cents familles. Elles tremblent sur un manche en plastique à trois euros chez Leclerc.
Le vomi sent le croquette prémium et la bile. Ça me rappelle l'odeur de ma vie. De la merde recouverte de bonnes intentions.
« Plus fort, L. Frotte plus fort. Tu vois la tache là ? »
Oui, je vois la tache. Je vois aussi le reflet de mon visage dans le marbre. Un visage qui a vieilli de dix ans en trois mois. Les cernes sont des valises sous mes yeux. La barbe grise que je n'ai pas rasée depuis une semaine. Les lèvres gercées.
Je frotte.
« C'est bien, mon garçon. Tu apprends vite. »
Mon garçon. Elle a cinq ans de moins que moi. Avant, elle m'appelait « Monsieur L » avec des yeux de merde et une bouche en cœur. Maintenant je suis son garçon de courses. Son larbin. Son chien à elle.
La porte s'ouvre.
Sofia entre. Les talons claquent sur le carrelage comme des insultes. Elle porte un tailleur noir. Chanel. Je reconnais la coupe. C'est moi qui le lui ai offert, le jour de son anniversaire. Quand j'étais encore son amant.
« Oh, mais c'est notre petit L à nous ! »
Sa voix est un couteau. Elle le sait. Elle a toujours su s'en servir.
« Il nettoie le vomi de Coco. Il est doué, tu sais. »
Lora lui sert un verre de blanc. Un Sancerre que j'avais dans ma cave. Ma cave. Mes bouteilles. Mes femmes.
« Doué ? Il était doué pour perdre trois millions en une nuit, oui. »
Sofia s'assoit. Elle croise ses jambes. Des jambes interminables que j'ai caressées pendant des nuits entières. Maintenant elles sont juste là, à un mètre de moi, et je pourrais aussi bien être un meuble.
« Lève la tête, L. Regarde-moi. »
Je lève la tête.
Sofia boit une gorgée. Elle fait durer le silence. Elle aime ça. Le pouvoir. C'est pour ça qu'elle est là, avec les autres. Pas pour l'argent. Pour le jeu.
« Tu te souviens de la première fois qu'on s'est vus ? »
Je me souviens. C'était dans un bar à Genève. Elle portait une robe rouge. Elle m'a parlé de son mémoire sur Proust. Je l'ai écoutée en pensant à comment j'allais la baiser. Maintenant c'est elle qui me baise.
« Tu m'as dit que j'étais spéciale. Que j'étais différente des autres. »
Elle rit. Un rire qui fait mal.
« Tu disais ça à toutes, hein ? À Alix, à Juliette, à Lora, à Zoé. On s'est parlé, tu sais. On a comparé. C'était marrant. »
Marrant. Ma vie réduite à une anecdote entre copines autour d'un verre.
« Tu m'as promis un appartement à Manhattan. Tu m'as promis une vie. »
Je n'ai rien promis. J'ai laissé croire. C'est pareil, finalement.
« Maintenant tu nettoies le vomi de son chien. C'est poétique, non ? »
La porte claque encore.
Alix entre. Elle traîne Juliette par la main. Elles sont ivres. Je le vois à leurs yeux, à leur façon de marcher. Elles titubent, elles rient.
« L ! Notre L préféré ! »
Alix s'approche. Elle sent le gin et le parfum. Un mélange qui me rend malade. Elle pose sa main sur mon épaule. Ses doigts s'enfoncent dans ma chair.
« T'as fini de jouer les femmes de ménage ? On a faim. »
« Il faut qu'il finisse la cuisine d'abord. »
Lora défend son pouvoir. C'est chez elle, c'est son jeu.
« La cuisine, la cuisine... Il peut faire les deux. L est un multitâche, tu sais. C'est pour ça qu'il a fait fortune. »
Juliette pouffe. Elle a toujours ri comme une pucelle. C'est ce qui m'avait attiré. Maintenant ça me donne envie de la gifler.
« Tu veux manger quoi, mon cœur ? »
Alix lui caresse les cheveux. Elle la traite comme sa chose. Comme elles me traitent toutes.
« Des pâtes. Avec de la truffe. »
« L, tu entends ? Des pâtes à la truffe. Tu sais faire ça ? Ou tu sais juste signer des chèques ? »
Je sais faire. J'ai appris. Parce que quand t'as trois cent millions et que tu t'ennuies, tu prends des cours de cuisine avec des chefs étoilés. Tu apprends à faire des truffes, des sauces, des trucs qui impressionnent les filles que tu ramènes.
Maintenant les filles que j'ai ramenées me regardent faire la cuisine dans la cuisine de l'une d'entre elles.
« Oui, je sais faire. »
« Alors fais. »
Alix s'assoit sur le canapé. Elle allume une cigarette. Chez Lora. Avant, Lora aurait hurlé. Maintenant elle sourit. Les règles ont changé.
Je me lève. Mes genoux craquent. J'ai trente-huit ans et je me lève comme un vieillard. La serpillière dans une main, je vais au placard. Je la range. Je prends une casserole. Je la remplis d'eau. Je la mets sur le feu.
« Mets de l'huile d'olive dans l'eau. »
La voix de Zoé. Elle est arrivée sans que je l'entende. Elle est toujours comme ça. Silencieuse. Prédatrice.
« Ça empêche les pâtes de coller. »
« Je sais. »
« Alors pourquoi tu le fais pas ? »
Je prends l'huile. J'en verse un filet. La bouteille tremble dans ma main. Zoé s'approche. Elle pose sa main sur la mienne.
« Doucement, L. Tu vas tout renverser. »
Sa main est chaude. Trop chaude. Elle laisse traîner ses doigts sur les miens. Un geste qui pourrait être tendre. Mais je connais Zoé. Il n'y a rien de tendre chez elle.
« Tu te souviens de la dernière fois qu'on a cuisiné ensemble ? »
Je me souviens. C'était chez moi. Mon loft. Ma cuisine. On faisait des sushis. Elle portait un tablier et rien d'autre. Après, on a baisé sur le plan de travail.
« Tu avais mis du saké dans le riz. Tu disais que ça rendait le sexe meilleur. »
Elle rit. Un rire bas. Un rire de gorge.
« J'avais raison, non ? »
Oui. Elle avait raison. Comme toujours.
« Maintenant tu fais des pâtes à la truffe pour mes copines. C'est drôle comme les choses changent. »
Je ne réponds pas. Je coupe la truffe en lamelles fines. Mes mains tremblent toujours. Une lamelle tombe par terre.
« Ramasse-la. »
Zoé ne crie pas. Elle ne menace pas. Elle dit juste. Comme si c'était naturel. Comme si j'étais fait pour ça.
Je me baisse. Je ramasse la lamelle. Je la jette à la poubelle.
« Non. Lave-la. Et remets-la dans les pâtes. Le gaspillage, c'est mal. »
Je lave la lamelle. Elle est pleine de poussière et de poils de chien. Je la remets dans la casserole. Les filles rient. Toutes les quatre. Leur rire est une musique que j'apprends à détester.
« Tu sais quoi, L ? »
Alix se lève. Elle vient derrière moi. Elle colle son corps contre mon dos. Ses seins contre mes omoplates. Ses mains sur mes hanches.
« On va peut-être te garder. T'es utile. Tu cuisines, tu nettoies, tu baises bien. Enfin, tu baisais bien. »
Elle rit dans mon oreille.
« On verra si t'as encore la technique. »
Je sens mon sexe durcir. Malgré moi. Malgré tout. Mon corps qui trahit ce qui reste de ma dignité.
Alix le sent. Elle rit plus fort.
« Oh, mais il bande ! Regardez, les filles, L bande dans mon dos. Il aime ça, en fait. Il aime être traité comme une merde. »
Les filles s'approchent. Elles forment un cercle autour de moi. Quatre femmes. Un homme. Une casserole d'eau qui bout.
« Montre-nous, L. Montre-nous ce que t'as. »
Sofia attrape ma ceinture. Elle la défait. Son geste est précis, chirurgical. Elle a fait ça des centaines de fois. Sur moi, sur d'autres.
Mon pantalon tombe.
Je suis là, debout dans la cuisine de Lora, le pantalon aux chevilles, ma queue dure qui pointe vers elles comme un drapeau de défaite.
« Pas mal. Il tient encore le coup. »
Juliette s'approche. Elle s'accroupit. Elle me regarde droit dans les yeux.
« Tu veux qu'on te suce, L ? Tu veux qu'on te fasse du bien ? »
Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Ma gorge est serrée.
« Parle. »
« Oui. »
« Oui quoi ? »
« Oui, je veux. »
Elle crache par terre. À côté de la flaque de vomi que j'ai nettoyée.
« Trop tard. Tu aurais dû être gentil quand t'étais au sommet. »
Elle se relève. Les filles retournent s'asseoir. Je reste là, le pantalon baissé, la queue à l'air, la casserole qui bout.
« Remets ton pantalon, L. Et sers-nous à manger. On a faim. »
Je remets mon pantalon. Je sers les pâtes. Mes mains tremblent tellement que la moitié tombe à côté des assiettes.
« Tu nettoieras après. »
Oui, je nettoierai après.
Je suis L. Avant, ce nom voulait dire quelque chose.
Maintenant, c'est juste une lettre qui sert à genoux.
Disclaimer
This is a work of fiction, assisted by artificial intelligence. Any names or characters, businesses or places, events or incidents, are fictitious. Any resemblance to actual persons, living or dead, or actual events is purely coincidental.
Content Removal Policy
- Users may report content that may be illegal or violates our Standards.
- All reported complaints will be reviewed and resolved within seven business days.
- Review Process: Our team will assess the reported content against our guidelines.
- Appeals: If you disagree with a decision, you may appeal within 14 days of notification.
- Potential outcomes include: content removal, account warning, or no action if no violation is found.
To report content, email us at [email protected]